Un film de Tomas Alfredson (2009 - Suède) avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson
Fantastique et troublant.
L'histoire : Suède, de nos jours, une banlieue modeste, l'hiver, la neige. Oskar est un jeune garçon solitaire, introverti, timide, qui vit seul
avec sa mère. Il est régulièrement harcelé par une bande de camarades d'école qui essaient de le terrifier. Il rêve de vengeance mais se sent trop faible. Par réaction (peut-être), il est fasciné
par les crimes, découpe les articles de journaux, aime les beaux couteaux. Et justement, en ce moment, la cité est en émoi : on a trouvé tour à tour deux cadavres, sauvagement égorgés. Oskar
fait alors la connaissance d'Elli, une nouvelle petite voisine. Elle ne sort que le soir, elle semble un peu étrange, elle sent bizarre... mais les deux enfants esseulés nouent immédiatement
une grande complicité. Pour pouvoir communiquer entre leurs deux appartements, ils apprennent le morse et conversent en tapant des petits coups sur la cloison. Nous, spectateurs, par
différentes scènes, avons compris qu'Elli était une jeune vampire. Oskar va le découvrir peu à peu...
Mon avis : Un film de vampires très original, mettant en scène des enfants, et qui m'avait été vivement conseillé par Alice in Oliver, que je remercie,
encore une fois ! Une jolie découverte, que je n'aurais pas faite sans lui, car les films suédois... bof... j'avoue avoir des gros préjugés débiles, car il en est d'excellents à commencer par les
Millenium !
Morse reprend bien les codes du "vampire" tels que décrits dans celui dont tout le monde s'inspire désormais : celui de Bram Stoker : ils sont
ultra-allergiques à la lumière, ils ne peuvent pas pénétrer dans une pièce sans y être invités, ils ont une odeur désagréable (ce sont des morts vivants, ne l'oublions pas), ils grimpent partout
comme des araignées... Ceux qui ont été choqués par les vampires scintillant au soleil des Twilight ne seront pas déçus cette fois !
Pourquoi ai-je trouvé le film troublant ? D'abord parce que les deus héros sont des enfants. Nous avions bien eu la jeune Claudia de Entretien avec un vampire mais
le fait que ça se passe dans des époques révolues mettait un peu de distance entre cette "monstruosité" et nous. Là... ce sont des mômes de notre monde à nous ; ça pourrait être les petits
voisins d'à côté, ceux qui viennent chercher leur ballon tombé dans votre jardin ou vous vendre des tickets pour la tombola de l'école... Ca fait frissonner. Non pas de terreur (je n'ai pas trop
peur des vampires !) mais de malaise : ciel, des enfants !!!
D'ailleurs, tout leur environnement, très réel, très réaliste, accentue ce malaise. Pas de costumes romantiques du XIXe ; pas de jeunes ados hollywoodiens, bien
propres sur eux ; pas de New Yorkais branchés... On est dans la vraie vie, la nôtre, avec une cité pas très avenante, peuplée d'ouvriers et d'employés ordinaires, des sales gosses qui se
bagarrent, le travail, le bistrot, la neige... Pas de musique qui nous avertit avant une scène choc, pas d'images fracassantes... Franchement, personne avant n'avait imaginé un vampire dans ce
milieu-là !
Et puis cet enfant timide, solitaire, harcelé par ses camarades... passionné par les crimes et les serial-killers, si c'est pas troublant, ça ! D'autant que ce sont
deux thèmes (le harcèlement à l'école et la criminologie) qui sont en pleine actualité, une actualité inquiétante.
Le réalisateur ne nous révèle rien sur Elli. Alors forcément, les questions on se les pose. D'où vient-elle ? Comment est-elle devenue vampire ? Qui était cet
homme qu'elle appelait Papa, qui chassait pour elle, mais n'était pas vampire ? On ne sait pas quel âge elle a, ce n'était probablement pas son père : "J'ai douze ans... depuis
longtemps" dit-elle. Elle porte également en elle une ambiguité sexuelle : à un moment, elle dit "Je ne suis pas une fille..." une réflexion mystérieuse, qui n'aura d'écho
qu'un peu plus tard lorsqu'Oskar l'apercevant nue, verra une cicatrice sur son pubis... Ces questions resteront sans réponse, et c'est hyper frustrant ! Du coup, le film reste bien dans
votre tête et vous hante. Il semble que dans le livre, on ait davantage d'explication : Elli serait un petit garçon castré, et son pourvoyeur du début un pédophile amoureux de lui ; le
réalisateur a choisi d'occulter pour ne pas sombrer dans trop de perversion !.
Spoiler : La fin est tout aussi troublante. Elli doit partir, afin de ne pas être "détectée" à cause des crimes, mais elle revient pour
défendre Oskar de ses tortionnaires. L'enfant, qui s'est senti devenir plus fort grâce à l'amour d'Elli, va concrétiser ses fantasmes : quitter cette ville moche, sa mère qui crie tout le temps,
son père qui lui préfère son nouvel amant, et il vivra désormais pour Elli, assouvissant ses désirs de revanche, de meurtre et sa fascination pour les crimes parfaits... il part avec elle et
deviendra son nouveau "rabatteur"... Epouvantable ! Une extrapolation horrible sur l'absence, et le besoin, de repères des jeunes...
Tout ça, plus l'atmosphère glaciale (dans les deux sens du terme) et le rythme très lent... brrr, fascinant ! D'autant plus que l'amour entre Oskar et Elli reste
touchant et romantique ! Elli prouve son amour en entrant dans une pièce sans qu'il prononce d'invitation, car il la défie... et il voit alors le corps de la jeune fille se mettre à ruisseler de
sang.
Ce film a une sorte de poésie.
Vachement bien ! Très différent de Entretien avec un vampire ou du
Dracula de Coppola : moins spectaculaire, mais plus insidieux, plus énigmatique.
Excellent !
Le film a fait l'objet d'un remake américain, forcément : Laisse-moi entrer. Bon... faut que je le trouve.
xxx
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