Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 09:04

Baroque, ultraviolent, et pourtant féminin.Un film de Quentin Tarantino (2003 - USA) avec Uma Thurman, Lucy Liu, Daryl Hannah, Vivica A. Fox, Julie Dreyfus

 

Baroque. Ultra-violent. Féminin, pourtant.

 

L'histoire : Une jeune mariée, enceinte, gît à terre, le visage ensanglanté, au milieu de ceux qui l'accompagnaient, tous morts, assassinés. Un homme, Bill, se penche vers elle et lui tire une balle dans la tête. Mais contrairement à ce qu'il pense, celle qu'on appellera désormais la Mariée survit. Mais pas son enfant. Après un coma de quatre ans, elle revient à la vie, se souvient de tout et part à la recherche des meurtriers, qu'elle va traquer sans relâche pour les tuer, en gardant pour la fin leur chef, Bill...

 

Mon avis : Ce film est une merveille et je me délecte à l'avance du volume II. Je les avais vus à leur sortie, j'avais adoré, mais un peu oubliés. Je retrouve tout le plaisir que j'ai eu, sinon plus, car la deuxième lecture - comme souvent - permet de voir des détails, des techniques, auxquels on n'avait pas forcément fait attention la première fois.

 

Il y a d'abord une bonne histoire, très chargée émotionnellement, avec une héroïne incroyable, amazone, guerrière, justicière, assoiffée de vengeance et de sang. Mais on ne peut pas la détester. On lui a fait trop de mal. Et personne ne peut détester Uma Thurman. On pourrait se dire : ah oui, mais prendre une actrice au visage d'ange, forcément, c'est facile... on ne peut que l'aimer. Pas si simple ! Il faut être crédible, aussi. Imaginez un instant Meg Ryan dans le rôle (avant botox, évidemment). Visage d'ange aussi. Mais je ne crois pas qu'elle aurait pu incarner la détermination et la froideur absolue qu'arrive à dégager Uma malgré son visage doux, presque enfantin.

 

L'environnement est asiatique, permettant à Tarantino de s'exprimer sur sa passion pour les films de sabre et les arts martiaux. Pari réussi !

 

L'histoire est somme toute assez linéaire, mais la mise en scène de Tarantino, les combats, l'humour, sont comme autant de rebondissements qui lui donne une énergie folle. Les scènes sont parfois d'une sauvagerie inouïe, mais des événements inattendus les font soudain basculer et on rit ! Comme par exemple le premier combat de la Mariée, contre Vernita, dans sa maison. On a rarement vu autant de violence mais soudain, parce qu'une petite fille de quatre ans surgit, les deux femmes cachent leur couteau dans leur dos et font semblant d'être les meilleures amies du monde ! Super drôle.

 

L'hémoglobine jaillit et coule à flot, mais Tarantino et son art du deuxième degré nous permettent d'en rire : on frôle le kitsch et le grand guignol, mais ça permet aussi de dédramatiser ; on est dans du spectacle, du divertissement, pas dans un truc ignoble ou dérangeant. Chez Tarantino, le sang est... joyeux !

 

Ce qui est dingue, c'est qu'à la fin, on ne sait toujours rien de la Mariée ni des raisons qui ont provoqué le massacre, on ne connaît pas son mari ni leurs invités. On comprend vaguement qu'elle faisait partie d'une confrérie de tueuses à gages, les Vipères Assassines. Mais que s'est-il passé ? On ne sait pas. Et pourtant, on ne se pose pas de questions ! On suit avec passion la quête de la Mariée... et on se dit qu'on en saura plus au deuxième épisode. D'autant qu'on n'a toujours pas vu le fameux Bill non plus ! Quel suspense !    

 

Les combats, très chorégraphiés, façon arts martiaux, l'inventivité de la mise en scène (intégration de dessin animé, de noir et blanc, ou division de l'écran), les cadrages magnifiques, le décalage plutôt drôle entre la scène et la musique qui l'accompagne (exemple, combat final entre Uma et O-Ren, jardin japonais, kimono... et musique flamenco).... tout est parfait. Je ne vois aucun défaut à ce film ! Tarantino nous offre en outre des héroïnes aussi culottées que des mecs, et ça c'est nouveau, et c'est vachement bien ! Et pourtant, elles restent très féminines : les visages et les silhouettes graciles d'Uma et de Lucy sont tout sauf testostéronées !

 

La musique tient une place très importante, des morceaux variés remixés ou pas, mais toujours à connotation années 60/70, et en fil rouge le mélancolique Bang bang chanté par Nancy Sinatra...

 

Après Fabien Onteniente... Quentin Tarantino. Inutile de vous dire que le choc est rude. Je ne veux pas minimiser le travail du premier, on a besoin de cinéma populaire ; ses films plaisent à beaucoup de gens et je ne vais pas faire ma snob. Et puis il y a des films que les critiques détestent et descendent en flammes et que moi j'aime, comme les Transformers, par exemple ! Mais il y a cependant des réalisateurs qui sont vraiment au-dessus du lot, qui ont une vision, un univers bien à eux, qui apportent à leurs oeuvres une dimension vraiment artistique et personnelle, et ça j'adore. Tarantino, Lynch, Almodovar, Allen, les frères Coen, Scorsese... Ah quelle belle invention que le cinéma !

 

Kill Bill est un chef d'oeuvre et j'ai hésité à lui donner la note de 10. Mais, je le rappelle, pour atteindre le sommet absolu, le film doit avoir pour moi une dimension mythique, qui m'est très personnelle. Ici, on y est presque, car cette héroïne me touche profondément. Je dirais même qu'elle me fascine. Juste cette idée de Loi du Talion, qui me gêne un peu. Tarantino ne prend aucun gant, et il a bien raison... mais je ne peux pas mettre dans mon panthéon une femme qui traîne derrière elle autant de cadavres !

 

La réplique qui tue : la toute dernière phrase prononcée... Spoiler ! Et un beau cliffhanger !

xxx

Par encyclocinema - Publié dans : TOUS LES FILMS
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